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 On peut être lié à un pays, une région, une commune, par un espace défini, auquel on est particulièrement attaché, un lieu, une activité, le souvenir d’un instant, ou celui d'une personne qui laissera des traces permanentes dans notre mémoire. L'Identité sociale et territoriale est à la fois individuelle et collective, c’est un sentiment intime et partagé, qui appartient à chacun et à tous en même temps. 

    Ce projet est né de ce lien, cette empreinte laissée par un village qui a marqué profondément mon enfance : Lachau, petite commune de la Drôme provençale où ma mère a grandi, et où pendant ma jeunesse, j’ai passé une grande partie de mes vacances.
Au fil des années qui ont suivi, j’apprenais la disparition des anciens et inévitablement avec eux, celle de leurs souvenirs, de leurs récits, de l’histoire du village et de celle de tous ses habitants. Il m’a semblé important de recueillir cette mémoire et de la transmettre, car au-delà de l’intime, elle représente une part de notre patrimoine commun, une trace vivante de ce qui nous relie, de notre identité collective.

     C’est à travers les voix et les portraits photos des chaupatiers et chaupatières, que j’ai choisi de raconter cette ruralité, celle du quotidien, des vies dites ordinaires et pourtant si précieuses. Des histoires qui révèlent les transformations sociales, les valeurs partagées, les héritages invisibles que chacun porte en lui et qui sont essentiels pour comprendre qui nous sommes. 
Dans la spontanéité des entretiens, les récits sonores se complètent parfois se recoupent ou se contredisent, mais chaque nouveau détail, même anodin, est un élément qui témoigne de la sociologie, et des modes de vie d’hier et d’aujourd’hui. La mémoire restant subjective et sélective, c’est une vision du passé à travers le filtre du présent : elle est propre à chaque habitant.​
J’ai choisi la photo argentique, dont le support matériel symbolise la notion de trace, de mémoire, et incarne cette idée d’empreinte laissée par le temps. Son grain, sa texture si particulière, donne une profondeur et une chaleur qui rend l’expérience visuelle plus sensible, presque tactile, et nous plonge dans une autre dimension. Pour toutes les personnes qui ont connu ce village, c’est un paradis protégé, une bulle, un monde à part, une autre planète, une «TERRE BLEUE ». Un clin d’œil aux marnes noires « roubines » ou  « robines », communément appelées « Les terres bleues », situées au-dessus du village, là où chacun partage des souvenirs. C’est aussi une façon de témoigner du lien entre les habitants et leur attachement à ce territoire, à cette terre.
Par sa situation géographique, sa biodiversité, sa ressource en eau et ses agriculteurs qui entretiennent le territoire, Lachau est un écrin de verdure. Le choix de la couleur s’est imposé pour restituer l’intensité de la lumière, la richesse chromatique, tout en évoquant le caractère d’un village qui n’en manque pas, tant par ses paysages que par ses habitants.

      Ce projet retrace la vie d’un village et de ses habitants, entre enracinement, départs et retours au pays. À travers ces récits, il éclaire des questionnements plus larges : l’identité, le sentiment d’appartenance, de lien, mais aussi le patrimoine, la mémoire, la transmission, et les profondes évolutions des modes de vie et des mentalités.
Avec ces portraits et témoignages, je cherchais aussi à relier leurs paroles à ma propre histoire familiale, celle de ma mère et de mes grands-parents, Germain Serpuit et Thérèse Bonnardel. Je voulais mettre en lumière ces liens invisibles qui unissent les gens du pays et les familles, et ainsi rassembler les habitants autour de cette mémoire partagée et de cette exposition. Ces portraits réunis racontent l’âme d’un village, celui de la communauté chaupatière.

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